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Transmissions d’entreprises : les dirigeants confrontés à un marché plus sélectif





Après plusieurs années de stabilisation, le marché des cessions de fonds de commerce recule à nouveau en France. Les dirigeants qui envisagent de transmettre leur entreprise se heurtent à un environnement plus complexe, marqué par des écarts croissants entre territoires et une prudence accrue des repreneurs. Pourtant, certains secteurs continuent d’attirer les investisseurs, et les valorisations demeurent élevées.



Les cessions de fonds de commerce repassent sous les 30.000 opérations sur l'année

Le 11 juin 2026, le groupe Altares a publié son bilan annuel des ventes et cessions de fonds de commerce. Les chiffres confirment un ralentissement du marché de la transmission, alors même que la France s’apprête à faire face à une vague massive de départs à la retraite de dirigeants. Pour les chefs d’entreprise, la question de la préparation de la cession devient plus stratégique que jamais.

Le signal est clair. En 2025, la France a enregistré 29.766 ventes et cessions de fonds de commerce, contre 31.703 un an auparavant. Le recul atteint 6,1%. Pour la première fois depuis 2022, le marché repasse sous le seuil symbolique des 30.000 transactions.

Cette baisse ne traduit toutefois pas un effondrement. Elle confirme plutôt une forme de stagnation observée depuis plusieurs années. « Depuis le choc brutal de 2020, les ventes et cessions tentent de rebondir sans toutefois prendre un réel essor. Depuis 4 ans, nous oscillons ainsi autour de 30.000 transactions annuelles, butant sur un plafond de verre difficile à franchir », observe Thierry Millon, directeur des études d’Altares.

Le début de l’année 2026 ne laisse pas entrevoir d’accélération. Le premier trimestre s’est soldé par 7.723 opérations, soit un recul supplémentaire de 2,9% par rapport à la même période de 2025.

Pour les dirigeants qui préparent leur sortie, ce contexte souligne l’importance de l’anticipation. Le gouvernement lui-même considère désormais la transmission comme un enjeu économique majeur. Selon le ministère de l’Économie, près de 500.000 entreprises pourraient changer de mains au cours des dix prochaines années, représentant environ 3 millions d’emplois.

Les cessions dans la restauration et les fonds de commerce de proximité résistent

Malgré ce ralentissement général, certains secteurs continuent d’alimenter le marché des transmissions. La restauration traditionnelle demeure le premier segment de cession avec 4.362 transactions enregistrées en 2025. Viennent ensuite la restauration rapide, avec 3.119 opérations, et les débits de boissons, qui totalisent 2.509 cessions. À eux seuls, ces trois secteurs concentrent près d’un tiers des échanges de fonds de commerce en France.

Cette dynamique surprend alors que ces activités restent confrontées à la hausse des coûts d’exploitation et aux tensions de recrutement. « La bonne surprise nous provient de la restauration qui, en dépit des difficultés du secteur, continue de drainer le quart des transactions », observe Thierry Millon.

Derrière ce trio de tête figurent la boulangerie-pâtisserie, avec 1.336 transmissions, la coiffure avec 1.033 opérations et les garages automobiles avec 949 cessions. La boulangerie se distingue particulièrement. Alors que le nombre de transmissions ne recule que de 2,8%, la valorisation moyenne des établissements bondit de 13,7% pour atteindre 258.604 euros. Cette progression constitue la plus forte hausse parmi les principaux secteurs étudiés.

Les pharmacies restent néanmoins les actifs les plus valorisés du marché. Leur prix moyen de cession atteint 1,22 million d’euros. Les supermarchés suivent avec une moyenne de 913.429 euros, même si ce montant recule fortement après une année 2024 exceptionnelle.

Le prix moyen d’un fonds de commerce, toutes activités confondues, s’établit à 241.781 euros en 2025. Il baisse de 6,4% sur un an mais demeure très supérieur aux niveaux observés avant la crise sanitaire. Un autre indicateur mérite l’attention des dirigeants : le prix médian progresse de 2,5% pour atteindre 112.700 euros. Cette évolution suggère que les opérations de taille courante résistent mieux que les transactions les plus importantes.

Les cessions de PME ralentissent tandis que les grandes structures progressent

L’étude met également en lumière une divergence croissante selon la taille des entreprises. Les très petites entreprises restent au cœur du marché. Les structures de moins de dix salariés représentent 27.276 transactions, soit plus de 91% de l’ensemble des opérations réalisées en 2025. Pourtant, ce sont elles qui subissent le plus fortement le ralentissement actuel.

Les entreprises employant entre 10 et 49 salariés enregistrent même une baisse de 14,4% des cessions. À l’inverse, les grandes structures affichent une meilleure dynamique. Les transmissions d’entreprises de taille intermédiaire progressent de plus de 20%, tandis que les opérations concernant les sociétés de 50 à 249 salariés demeurent stables.

Cette évolution illustre l’appétit des investisseurs pour les actifs considérés comme plus solides et mieux structurés. Elle reflète également les difficultés rencontrées par les petites entreprises pour trouver un repreneur dans un contexte économique plus incertain.

Le gouvernement tente justement de répondre à cette problématique à travers le plan « Objectif Reprises », présenté en avril 2026. L’exécutif rappelle qu’une entreprise sur deux ne trouve actuellement pas de repreneur. Le programme prévoit notamment une sensibilisation systématique des dirigeants à partir de 55 ans ainsi qu’une mobilisation accrue des réseaux consulaires.

Cessions, dirigeants et territoires : une fracture qui s’accentue

L’un des enseignements majeurs du rapport concerne l’évolution géographique des transmissions. Les grandes villes apparaissent comme les principales bénéficiaires du marché actuel. Elles concentrent 6.265 opérations en 2025 et enregistrent une hausse de 7,3% des prix de cession, avec une valorisation moyenne atteignant 288.307 euros.

La situation est beaucoup plus délicate dans les territoires intermédiaires et ruraux. Les bourgs ruraux voient le nombre de transactions reculer de 10,6%, tandis que les prix chutent de 12,6%. Les petites villes enregistrent une baisse de 8,5% des opérations et une diminution de 8% des valorisations. « La transmission d’un fonds de commerce ne dépend pas uniquement de sa santé financière, elle doit aussi composer avec la réalité de l’économie locale », rappelle Thierry Millon.

L’Île-de-France conserve son statut de locomotive du marché avec 4.909 cessions recensées en 2025. Elle affiche également le prix moyen le plus élevé du pays, à 351.158 euros, en progression de 13,1%. À l’opposé, plusieurs régions enregistrent des replis marqués. Les Hauts-de-France voient leurs prix moyens reculer de 41,9%, tandis que la région Auvergne-Rhône-Alpes accuse une baisse de 30,8%.

Ces disparités territoriales deviennent un facteur déterminant pour les chefs d’entreprise qui préparent leur transmission. La qualité du bassin économique, l’attractivité démographique et la capacité du territoire à attirer de nouveaux entrepreneurs influencent désormais fortement les chances de trouver un repreneur et le niveau de valorisation obtenu.

Selon Thierry Millon, « la reprise d’entreprise constitue un enjeu économique et social majeur, en particulier pour les territoires ». D’autant que les analyses d’Altares montrent que plus de 90 % des entreprises créées par rachat de fonds de commerce sont encore en activité trois ans après leur reprise, un taux de pérennité particulièrement élevé qui plaide en faveur du développement du repreneuriat.


12 Juin 2026