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Patrick Drahi fragilisé par une saisie immobilière en Suisse





Patrick Drahi traverse une nouvelle zone de turbulences judiciaires au moment le plus sensible pour l’avenir de son empire télécoms. Le propriétaire d’Altice et de SFR voit deux de ses biens immobiliers de luxe en Suisse placés sous séquestre par la justice helvétique, alors que son ancien associé portugais Armando Pereira multiplie les offensives judiciaires et financières pour récupérer une partie des actifs qu’il estime lui appartenir.



Patrick Drahi voit deux biens immobiliers saisis en Suisse

Le calendrier ne pouvait être plus délicat pour Patrick Drahi. Tandis que le fondateur d’Altice mène des discussions exclusives avec Bouygues Telecom, Orange et Free autour d’une possible cession de SFR, le milliardaire franco-israélien se retrouve confronté à une montée spectaculaire des tensions judiciaires avec Armando Pereira, son ancien bras droit historique.

Selon les informations publiées par Le Monde le 26 mai 2026, deux propriétés de luxe détenues par Patrick Drahi en Suisse ont été saisies à la mi-mai par la justice helvétique. Les décisions ont été prises à la suite d’ordonnances de référé rendues par des juridictions civiles à Genève et à Viège, dans le canton du Valais. Les biens concernés sont particulièrement emblématiques du patrimoine immobilier du patron d’Altice. Le premier est une résidence située à Cologny, sur les rives du lac Léman, l’un des secteurs résidentiels les plus prestigieux de Suisse. Le second est un chalet implanté à Zermatt, station alpine très prisée des grandes fortunes internationales.

Selon Jamil Soussi, avocat du cabinet Bottge & Associés cité par Le Monde, la valeur cumulée des deux propriétés pourrait atteindre « plusieurs dizaines de millions d’euros ». L’avocat précise également que Patrick Drahi et sa famille « peuvent toujours jouir de ces biens, ils ne peuvent, désormais, plus les vendre ». Cette mesure conservatoire intervient dans le cadre d’une procédure civile engagée le 30 octobre 2025 devant le tribunal de première instance de Genève par Armando Pereira, ancien associé de Patrick Drahi et figure majeure du développement d’Altice depuis le début des années 2000.

Patrick Drahi face aux revendications d’Armando Pereira et d’Altice

Au cœur du conflit se trouve une question explosive : la répartition réelle des intérêts économiques entre les deux hommes. Armando Pereira affirme avoir participé pendant des années au développement de l’empire Altice à travers des accords essentiellement oraux et des montages financiers non formalisés par écrit. D’après les éléments rapportés par Le Monde, l’homme d’affaires portugais revendique environ 20% des participations détenues par Patrick Drahi dans plusieurs secteurs stratégiques : télécoms, immobilier, holdings internationales ou encore Sotheby’s, la célèbre maison de ventes aux enchères américaine contrôlée par Patrick Drahi.

Les montants réclamés sont colossaux. Dans la procédure suisse, Armando Pereira demande actuellement plus de 1,2 milliard de francs suisses, soit environ 1,31 milliard d’euros selon les éléments judiciaires cités par le quotidien français. Les avocats de l’ancien associé considèrent que les décisions rendues par les juridictions suisses constituent déjà un premier succès juridique. Dans leur communication relayée par Le Monde, ils estiment que ces décisions démontrent que leur client est « titulaire d’une créance considérable, dont le fondement contractuel est désormais judiciairement reconnu comme vraisemblable ».

L’entourage de Patrick Drahi rejette cependant fermement l’ensemble des accusations. Toujours selon Le Monde, des procédures d’opposition aux séquestres doivent être engagées devant les juridictions concernées. Les proches du patron d’Altice dénoncent une « gesticulation judiciaire » et assurent que « les faits et les montants évoqués par Armando Pereira sont factuellement inexacts, et souvent complètement farfelus ».

Le différend prend désormais une dimension internationale. Les conseils d’Armando Pereira réclament des commissions rogatoires dans plusieurs pays, notamment au Luxembourg, en Suisse, aux États-Unis, en Israël ou encore à Saint-Christophe-et-Niévès, selon Les Échos. Leur objectif est clair : identifier l’ensemble des actifs potentiellement liés à Patrick Drahi et éviter toute « dissipation des fonds ».

Les actifs immobiliers, télécoms et participations d’Altice sous pression

Au-delà des biens immobiliers suisses, le conflit porte sur une multitude d’actifs stratégiques. Armando Pereira accuse Patrick Drahi d’avoir utilisé seul des actifs qu’il considère comme détenus conjointement. Selon Les Échos, les éléments visés comprennent un jet Falcon, un yacht, des immeubles de bureaux ainsi que plusieurs participations liées à Altice. L’ancien associé reproche également au dirigeant de ne pas lui avoir reversé sa quote-part lors des opérations de cession d’actifs réalisées ces dernières années pour réduire la dette du groupe. Parmi ces opérations figure notamment la vente d’Altice Media à CMA CGM pour 1,5 milliard d’euros. Cette transaction, destinée à alléger la dette du groupe, constitue aujourd’hui un point de crispation supplémentaire entre les deux anciens partenaires.

Le litige pourrait avoir des conséquences financières significatives pour Patrick Drahi. Les Échos indiquent que le milliardaire espérerait récupérer entre 3 et 4 milliards d’euros personnels à l’issue de la vente de SFR. Or Armando Pereira revendique désormais 11,9 % des parts encore détenues dans l’opérateur télécoms, ce qui pourrait représenter jusqu’à 480 millions d’euros.

Pour autant, les candidats au rachat de SFR cherchent à maintenir ces procédures à distance des négociations industrielles en cours. Selon Les Échos, les acquéreurs potentiels considèrent que ces contentieux concernent Patrick Drahi à titre personnel et non directement les actifs opérationnels du groupe.

Le conflit ressuscite également plusieurs dossiers anciens liés à la gouvernance du groupe Altice. Les Échos rappellent que Patrick Drahi et Armando Pereira ont construit ensemble l’empire télécoms pendant près de trente ans. Le premier pilotait les acquisitions et les montages financiers tandis que le second supervisait l’opérationnel et le déploiement des réseaux.

Patrick Drahi confronté à l’héritage judiciaire de l’affaire portugaise

La rupture entre les deux hommes trouve son origine dans les procédures judiciaires ouvertes au Portugal en 2023. Armando Pereira avait alors été arrêté le 13 juillet 2023 dans le cadre d’une vaste enquête portant sur des soupçons de corruption. Selon Le Monde, il est visé par onze délits présumés, notamment fraude fiscale, corruption et blanchiment. L’homme d’affaires portugais conteste l’ensemble des accusations formulées contre lui.

L’affaire a rapidement débordé les frontières portugaises. En septembre 2023, le Parquet national financier français a ouvert une enquête pour déterminer si des pratiques similaires avaient pu être mises en place en France au détriment du groupe Altice. Des perquisitions ont notamment été réalisées en novembre 2025 au domicile d’Armando Pereira. Les Échos précisent également que plus de 14 millions d’euros ont été saisis lors d’une vaste opération judiciaire liée à cette affaire.

Autre sujet sensible : la société ITCenter, prestataire informatique longtemps intégré à l’écosystème Altice. Selon Les Échos, cette entreprise réclame désormais 28 millions d’euros à SFR après la rupture de ses contrats en 2023. Les montants liés à cette société sont considérables. Entre 2017 et 2022, ITCenter aurait obtenu 158 millions d’euros de contrats auprès d’Altice Portugal. S’y ajoutent encore 48 millions d’euros de contrats avec SFR entre 2019 et 2023.

Malgré cette accumulation de procédures, Altice continue d’affirmer être une victime dans le dossier portugais des surfacturations. Le groupe rappelle que les enquêtes portent notamment sur un système présumé de corruption privée, d’escroquerie organisée et de blanchiment au détriment même de l’entreprise.


28 Mai 2026