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En 2026, les chefs d'entreprise entre résilience, doutes et quête d’équilibre





Entre incertitudes économiques persistantes, quête d’équilibre personnel et arbitrages stratégiques, les entrepreneurs français abordent l’année 2026 avec un mélange de lucidité, de tension et de résilience. Deux études publiées en février 2026 dressent le portrait d’une population de chefs d’entreprise volontaire mais fragilisée, qui continue d’investir tout en s’interrogeant, parfois, sur un possible retour au salariat.



Un moral fragilisé par la conjoncture économique et financière

En ce début de 2026, l’état d’esprit des entrepreneurs apparaît traversé par des contradictions fortes. D’un côté, la création d’entreprise reste un choix assumé, revendiqué, souvent porteur de sens. De l’autre, le contexte économique, les contraintes administratives et les perspectives macroéconomiques pèsent lourdement sur le moral des dirigeants. Deux études récentes, l’une publiée par Legalstart, l’autre relayée par Planet Fintech, permettent de mesurer précisément ces tensions et d’éclairer la réalité quotidienne des chefs d’entreprise.

Chez les entrepreneurs, la perception de la situation financière s’est nettement dégradée en l’espace d’un an. Selon l’étude « La météo des entrepreneurs » publiée par Legalstart en février 2026, seuls 20% des dirigeants interrogés jugent aujourd’hui leur situation financière solide. À l’inverse, une majorité évoque une situation fragile ou dégradée par rapport à 2024. Ce constat, d’abord, reflète l’impact durable de l’inflation, du ralentissement de la consommation et de la hausse des coûts fixes sur les petites et moyennes entreprises.

Pourtant, malgré cette fragilité perçue, les entrepreneurs ne renoncent pas à se projeter. Toujours d'après cette étude, environ un dirigeant sur deux a réalisé au moins un investissement au cours de l’année 2025. Ce chiffre, ensuite, témoigne d’une volonté de ne pas subir passivement le contexte. Les investissements se concentrent prioritairement sur des leviers jugés stratégiques. Ainsi, 22% des entrepreneurs ayant investi l’ont fait dans l’intelligence artificielle, 21% dans le développement de leur présence digitale, tandis que 14% ont privilégié le recrutement et autant les locaux ou l’équipement.

Cependant, cette dynamique d’investissement s’accompagne d’une inquiétude persistante sur l’avenir. Toujours d'après cette étude Legalstart, huit entrepreneurs sur dix anticipent une dégradation de la situation économique française en 2026. Même si les dirigeants disposant d’une trésorerie solide se montrent plus confiants, le sentiment dominant reste celui d’une vigilance accrue. Ainsi, entre prudence financière et nécessité de se transformer, l’état d’esprit entrepreneurial oscille entre adaptation et tension continue.

Entrepreneurs et salariat : un retour envisagé malgré un choix assumé

Si l’entrepreneuriat demeure un choix volontaire, il n’en reste pas moins éprouvant. Selon une enquête menée par l’institut Appinio pour Qonto, 96% des entrepreneurs français déclarent avoir choisi ce statut de manière délibérée. Autrement dit, la création d’entreprise n’est que marginalement subie. Seuls 23% évoquent une contrainte initiale, comme une perte d’emploi ou une expérience négative du salariat.

Pour autant, cette adhésion initiale n’exclut pas les doutes. Environ un entrepreneur sur quatre envisage aujourd’hui un retour au salariat à moyen terme. Ce chiffre, proche de 24,5%, révèle une fatigue réelle, alimentée par la charge mentale, la pression financière et l’empilement des obligations administratives. L’idée d’un retour au salariat n’est pas nécessairement vécue comme un échec, mais plutôt comme une option de repli, parfois temporaire, dans un parcours professionnel de plus en plus hybride.

Interrogés sur les motivations qui les ont conduits à se lancer, 36% des dirigeants citent la recherche d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. S'y ajoutent 32,5% qui mettent en avant la liberté créative comme moteur principal. Ces aspirations, toutefois, se heurtent souvent à la réalité opérationnelle. La quête d’équilibre se transforme parfois en surcharge de travail, tandis que la liberté créative se confronte aux contraintes économiques et réglementaires.

Ainsi, chez de nombreux entrepreneurs, l’état d’esprit est marqué par une forme de lucidité nouvelle. Le salariat n’est plus rejeté par principe. Il devient, dans certains cas, une alternative rationnelle face à l’incertitude, même si l’envie d’autonomie reste profondément ancrée.

Les entrepreneurs face aux défis quotidiens : équilibre personnel, investissements et facturation électronique

Au quotidien, les entrepreneurs identifient très clairement les obstacles qui pèsent sur leur moral. Selon l’enquête Appinio pour Qonto, l’acquisition de nouveaux clients constitue le premier défi cité, par 16% des répondants. Vient ensuite la gestion de la trésorerie, mentionnée par 15%, puis la complexité administrative, évoquée par 12% des dirigeants. Ces difficultés, cumulées, nourrissent un sentiment de pression constante, en particulier chez les petites structures.

Dans ce contexte, la question de l’équilibre personnel revient avec insistance dans le discours des entrepreneurs. Beaucoup reconnaissent que l’intensité du travail entrepreneurial dépasse leurs anticipations initiales. Pourtant, cet équilibre reste un objectif central, souvent réaffirmé, même lorsque la réalité impose des compromis. Cette tension explique en partie pourquoi certains dirigeants réévaluent régulièrement leur trajectoire professionnelle.

Par ailleurs, les transformations réglementaires à venir participent à cet état d’esprit contrasté. La généralisation progressive de la facturation électronique, attendue par de nombreux entrepreneurs, suscite à la fois des espoirs de simplification et des inquiétudes opérationnelles. D’un côté, cette évolution est perçue comme un levier potentiel de modernisation et de meilleure gestion. De l’autre, elle implique des investissements supplémentaires, du temps d’adaptation et une montée en compétences parfois difficile pour les plus petites entreprises.

Enfin, malgré les tensions, une constante demeure : la capacité d’adaptation des entrepreneurs. Les investissements dans le numérique, l’intelligence artificielle ou l’organisation interne traduisent une volonté claire de rester compétitifs. Même fragilisés, même inquiets, les dirigeants continuent d’agir. Cet état d’esprit, à la fois combatif et prudent, dessine le visage d’un entrepreneuriat français conscient de ses fragilités, mais résolu à ne pas renoncer.


26 Février 2026