De l’investissement en R&D à l’innovation, il n’y a qu’un pas




Le cabinet de conseil Booz & Company a rendu public la 8e édition de son rapport sur les dépenses de recherche et développement des plus grandes entreprises mondiales. L’édition 2012 du Global Innovation 1000 se trouve être riche de constats inattendus. Les tendances révèlent en effet que les efforts de R&D se sont intensifiés en 2011 malgré la crise. Pourtant, les entreprises les plus innovantes figurent rarement dans ce classement des dépenses.



Le rapport entre la conjoncture économique et la R&D est pour le moins ambigu. C’est ce que révèle Booz & Company avec sa 8e édition de l’enquête Global Innovation 1000. Malgré un contexte économique mondial difficile, 2011 a en effet été une année record pour la recherche. Le panel d’entreprises mondiales cotées en bourse étudiée par Booz & Company a ainsi investi 603 milliards de dollars dans l’innovation, ce qui correspond à une augmentation de plus de 9 % par rapport à 2010.
 
En 2010, les dépenses de R&D avaient également crû de 10 %. L’année 2011 semble donc amorcer une tendance qui vient rompre avec les années noires de 2008 et 2009 où les dépenses de recherche engagée par les entreprises avaient chuté drastiquement. Booz & Company constate également qu’une proportion supérieure d’entreprises ont augmenté leur investissement en R&D en 2011 par rapport à 2010. Le cabinet enregistrait ainsi une augmentation des dépenses chez 75 % des entreprises en 2011 contre seulement 68 % en 2010. Les grandes entreprises mondiales ont donc légèrement moins augmenté leurs dépenses, mais elles ont été plus nombreuses à le faire. On pourrait y voir un signe que le plus dur de la crise est désormais derrière elles.
 
Un autre constat remarquable apparaît à la lecture de cette étude : les entreprises les plus innovantes sont loin d’être celles qui dépensent le plus en R&D. Placées sur le podium de l’innovation par Booz & Company, Apple, Google et 3M n’ont ainsi dépensé pour l’innovation que 2,4, 5,2, et 1,6 milliard de dollars respectivement en 2011. Numéro 1 du classement des entreprises les plus innovantes, Apple n’arrive ainsi qu’au 53e rang des entreprises le plus dépensières en R&D quand Toyota, au 6e rang des entreprises les plus innovantes, a déboursé en 2011 près de 10 milliards de dollars
 
L’étude prend ainsi le contrepied de l’idée parfois avancée qui voudrait que le niveau de dépense en R&D soit lié aux performances générales de l’entreprise. D’après les chiffres de Booz & Company, les entreprises les plus innovantes enregistrent une croissance du chiffre d’affaires, un profit et une capitalisation boursière plus élevés que les entreprises, dont les dépenses en R&D sont les plus élevées. Investir en R&D ne constitue donc en aucun cas une garantie d’innovation et de performance financière.
 
Ce constat soulève donc une question cruciale : comment les entreprises innovantes investissent-elles efficacement ? Pour le comprendre, Booz & Company s'est penché sur les méthodes employées par les entreprises innovantes. À cet égard, l’étude du client qui fait référence parmi les entreprises interrogées. Plus de 40 % des cadres interrogées s’en servent en effet pour orienter efficacement leur démarche d’innovation. L’étude de marché est également utilisée à cet effet pour 31 % des cadres et les médias sociaux sont notamment privilégiés comme méthode d’investigation par les entreprises évoluant en B to C.
 
Alors que l’innovation demeure l’un des principaux facteurs clés de succès des entreprises mondiales, le baromètre Global Innovation de Booz & Company rappelle l’importance d’une variable peu débattue : l’orientation des dépenses de R&D. Cette dernière, plus que le montant des investissements, détermine la capacité d’innovation d’une entreprise. Il s’agit là d’une invitation à remplacer le critère du « combien » par celui du « comment ». Or à l’heure où toute dépense est susceptible de creuser l’écart avec la concurrence, les constats de Booz & Company constituent autant de suggestions bienvenues.


6 Novembre 2012