Chômage des chefs d’entreprise : la hausse se poursuit malgré une accalmie relative




Le chômage des entrepreneurs reste un phénomène préoccupant en France. Les derniers chiffres publiés par l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs révèlent qu’au premier semestre 2025, plus de 31.000 chefs d’entreprise ont cessé leur activité. Cette tendance, alimentée par les dépôts de bilan et les liquidations judiciaires, touche l’ensemble du territoire et fragilise particulièrement certains secteurs économiques stratégiques.



Un chômage des dirigeants en progression, malgré une hausse plus modérée

Le 27 août 2025, l’association GSC et la société Altares ont présenté les résultats de leur Observatoire de l’emploi des entrepreneurs. Le constat est clair : 31.260 dirigeants ont perdu leur emploi au premier semestre 2025, soit une hausse de 4,3% par rapport à la même période en 2024. Derrière ce chiffre se cache un chômage des entrepreneurs qui frappe quotidiennement plus de 170 chefs d’entreprise. Cette dynamique illustre la persistance d’un tissu économique sous tension, marqué par des dépôts de bilan en série et une conjoncture défavorable.

L’ampleur du chômage des dirigeants reste élevée, même si la progression ralentit légèrement. Selon l’Observatoire, ce sont plus de 170 entrepreneurs par jour qui se retrouvent en situation de perte d’activité, après la liquidation judiciaire ou le dépôt de bilan de leur entreprise. Les profils touchés sont loin de correspondre à des novices : en moyenne, les dirigeants concernés avaient fondé leur société depuis plus de dix ans.

« Attention aux faux-semblants : si les pertes d’emploi des dirigeants semblent ralentir au premier semestre 2025, elles se maintiennent à des niveaux préoccupants, révélateurs d’un tissu entrepreneurial toujours sous tensions », met en garde Hervé Kermarrec, le président de l’association GSC. Ces tensions sont renforcées par la faiblesse de la croissance, la prudence des consommateurs et des arbitrages budgétaires incertains. Dans ce contexte, le chômage des chefs d’entreprise devient un signal d’alarme sur l’état réel de l’économie française.

Des disparités fortes selon la taille et le statut juridique des entreprises

Les pertes d’emploi touchent surtout les petites structures. Plus de 26.300 entrepreneurs à la tête de moins de cinq salariés ont perdu leur activité au premier semestre 2025. Les TPE de 6 à 9 salariés affichent même une progression inquiétante de 17,2%, bien que le volume reste moindre avec 1.947 dirigeants concernés. À l’inverse, les entreprises de plus de 50 salariés résistent mieux, enregistrant une baisse de 2,4%.

Les différences apparaissent aussi selon le statut juridique. Les gérants de SAS représentent près de la moitié des pertes d’activité avec 14.388 dirigeants (+8,7% sur un an). Les SARL, malgré un léger recul de 2%, comptent encore 12.023 dirigeants privés de leur poste. Les artisans-commerçants, particulièrement exposés à l’inflation, sont 3.111 à avoir cessé leur activité (+16,6%). Les professions libérales connaissent quant à elles la plus forte hausse relative : +56,2% en un an. Comme le souligne Thierry Millon, directeur des études Altares, « le premier semestre 2025 a confirmé nos inquiétudes avec un nombre historique de liquidations judiciaires et donc un niveau très élevé de pertes d’emploi de dirigeants ».

Chômage des dirigeants : la construction et le commerce en première ligne

Près de la moitié du chômage des chefs d’entreprise se concentre dans deux secteurs clés : la construction et le commerce. La construction totalise 7.745 pertes d’activité (+1%), notamment dans les travaux de maçonnerie et le gros œuvre (1.645). Ce secteur, moteur traditionnel de l’économie, reste sous tension, même si certains segments comme l’immobilier montrent des signes de résistance.

Le commerce, avec 6.464 dirigeants concernés (+0,1%), peine à retrouver de la stabilité. La vente de voitures et de véhicules légers enregistre une hausse notable (+12,7%, soit 622 pertes d’emploi). L’hébergement-restauration subit également une vague préoccupante, avec 4.164 pertes d’activité (+11,5%), dont 40% dans la restauration traditionnelle assise. Les services aux entreprises (4.199 pertes, +13%) et le transport-logistique (1.450 pertes, +11,9%) confirment que les difficultés dépassent les secteurs déjà fragiles. Même l’industrie (1.905 pertes, +4,4%) n’échappe pas à cette dynamique.

Des régions inégalement touchées par le chômage des dirigeants

La géographie du chômage des dirigeants révèle des disparités nettes. L’Ile-de-France concentre près d’un quart des pertes d’activité, avec 7.507 dirigeants concernés (+4%). En Auvergne-Rhône-Alpes, la hausse atteint 4,9% (3.623 pertes), tandis que la Nouvelle-Aquitaine connaît une envolée inquiétante de 18% (2.754 pertes). Dans les Hauts-de-France, les pertes progressent de 6,2% (2.221), et dans les Pays de la Loire de 5,9% (1.260).

À l’inverse, certaines régions montrent des signaux plus positifs. La Bretagne affiche le taux le plus faible (+0,7%, soit 1.084 pertes), grâce à la solidité de ses activités financières et assurantielles (-46,2%). Trois régions enregistrent même un léger recul des pertes d’emploi : Bourgogne-Franche-Comté (-1,4%), Provence-Alpes-Côte d’Azur (-0,8%) et Grand Est (-0,2%). Cette résistance relative témoigne de tissus économiques plus équilibrés, mais aussi de la diversité des réalités régionales face aux dépôts de bilan.

Des profils d’entrepreneurs fragilisés, des seniors aux artisans

Le chômage entrepreneurial ne frappe pas toutes les catégories de dirigeants de la même manière. L’âge médian des chefs d’entreprise touchés est de 46 ans. Les 41-50 ans représentent près d’un tiers des pertes (8 448). Mais la plus forte progression concerne les plus de 60 ans, avec 4.229 dirigeants concernés (+20,9 %), soit cinq fois plus que la moyenne nationale. À l’opposé, les moins de 26 ans sont relativement épargnés, avec une baisse des pertes de 8,2%.

Ces évolutions montrent que l’expérience ne protège pas face aux aléas économiques. Même des entreprises établies depuis longtemps, parfois solides sur le papier, subissent les effets des liquidations. Les artisans-commerçants et les professions libérales illustrent ce basculement, victimes de l’inflation, de la baisse de consommation et des marges comprimées. L’accumulation des dépôts de bilan se traduit par une hausse structurelle du chômage des entrepreneurs, qui dépasse la simple conjoncture.

Les signaux d’alerte pour le second semestre 2025

Les analystes soulignent que la situation reste incertaine. Les trésoreries demeurent fragiles, et les arbitrages budgétaires de l’État seront déterminants dans les prochains mois. Si quelques signes timides d’amélioration apparaissent, ils ne devraient pas inverser sensiblement la tendance. Comme le rappelle Thierry Millon, « les prochains mois seront décisifs ».

Le chômage des dirigeants s’impose ainsi comme un indicateur avancé de la santé économique française. Sa persistance révèle la vulnérabilité d’un tissu entrepreneurial pourtant essentiel à la croissance et à l’emploi. La question n’est plus seulement celle des entreprises en dépôt de bilan, mais celle d’un écosystème entier qui doit retrouver des marges de manœuvre pour éviter une aggravation durable de la crise.


27 Aout 2025