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Corporate management: information pour les dirigeants


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Stock-options : le retour de bâton ?





Les stock-options constituent un système de rémunération qui lie le dirigeant salarié à la valeur boursière de l'entreprise qu'il administre. Il s'agit toutefois d'un dispositif qui peut tourner en défaveur des grands actionnaires.



Les stock-options ont été instaurées dans le contexte de gouvernement d'entreprise

Le système des stock-options a été mis en place dans les années 1980, depuis que les analystes financiers ont proposé aux entreprises une nouvelle organisation pour satisfaire l'arrivée massive des fonds d'investissement. Ce changement a donc instauré un ensemble de mesures qui devaient s'inscrire dans ce que les analystes appelaient « corporate gouvernance » ou gouvernement d'entreprise, impliquant le transfert du pouvoir de gouvernance des mains des dirigeants à celles des actionnaires. Certaines nouvelles pratiques qui ont été mises en application se sont d'ailleurs révélées nuisibles pour l'évolution des entreprises. Ça a notamment été le cas avec la stratégie de « recentrage sur le cœur de métier » qui avait pour vocation de simplifier certaines notions comme la lecture et la compréhension des comptes de l'entreprise, la comparaison de ces derniers avec ceux des concurrents et la définition de la stratégie de gestion des portefeuilles d'actions. Ce qui ne pouvait pas se faire avec les entreprises dont les activités étaient diversifiées. Aujourd'hui, nombreuses sont les grandes sociétés qui ont été victimes de leur mono-activité.

Les stock-options permettent aux dirigeants d'amasser des sommes considérables

Toutes ces nouvelles pratiques ont été introduites afin de permettre aux actionnaires d'analyser sans difficulté la situation des entreprises et leurs stratégies. Une autre pratique instaurée dans le cadre du système de gouvernement d'entreprise était les stock-options. Ces derniers devaient lier le sort des dirigeants salariés de la société à celui de l'actionnaire. La mise en application de ce dispositif n'a d'ailleurs pas tardé à profiter aux P.D.G. et aux grands dirigeants d'entreprise, car il leur permettait d'amasser des sommes d'argent considérables sans prendre de risque, avec des gains qui fluctuaient en fonction du cours de l'action de la société qu'ils dirigeaient. Certes, les nouvelles méthodes augmentaient les dividendes obtenus par les gros actionnaires de l'entreprise, mais diminuaient en contrepartie le pouvoir d'achat des salariés non dirigeants, et rongeaient les marges des fournisseurs. Pourtant, dans ce système, ce sont les dirigeants de sociétés cotées en bourse qui ont réussi à s'enrichir plus encore que les actionnaires. En effet, les salaires de ces dirigeants comportaient une part variable qui devrait être en phase avec l'évolution boursière du cours de l'action de la société qu'ils dirigeaient.

Des dirigeants de grandes entreprises devenus boursicoteurs pour certains...

Le gouvernement d'entreprise qui était censé donner le pouvoir aux actionnaires est donc devenu encore plus profitable aux dirigeants. Avant la mise en place de ce type de gouvernance, le dirigeant se souciait peu des variations boursières, et attribuait le « minimum acceptable » aux actionnaires en termes de dividendes. Les changements apportés dans l'organisation de l'entreprise ont effectivement accru les bénéfices reçus par les porteurs d'actions, mais ont également transformé les gestionnaires en spéculateurs boursiers. De nombreux économistes considèrent d'ailleurs que les dirigeants ont gardé l'avantage sur les actionnaires. D'abord parce qu'en général, l'asymétrie d'information sera toujours présente entre les managers et les détenteurs d'actions qui n'évoluent pas au sein de l'entreprise, mais également parce que les dirigeants rusés ont facilement compris comment bénéficier de ce système de gouvernance. Et lorsque les gestionnaires ont été tentés d'aller au-delà des cours boursiers et des plus-values, ils ont développé quelques pratiques « limites » qui ont contribué indirectement, voire directement, à la crise dans laquelle le monde actuel est plongé.


21 Juin 2011